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Cécile Moynot aux championnats de France des 100 km. Son compte rendu...
Le samedi 15 mai 2010 à Chavagnes-en-Paillers (Vendée) se disputaient les championnats de France des 100 km. Les meilleurs centbornards s’y retrouvaient pour un départ matinal à 05h00 et pour un parcours de plus de 16 km. 550 coureuses et coureurs allaient dépasser les bornes en commençant par les leurs. Parmi eux Cécile Moynot spécialiste du 100 kil’ avec un chrono de 08:10:49 décroché en 2008. Cécile nous offre ici un témoignage poignant de sa participation aux championnats de France 2010.
Cécile Moynot : « Je n'ai terminé que pour toutes les personnes qui étaient présentes pour moi, pour m'encourager, me soutenir, je ne pouvais pas leurs faire cela d'abandonner même si je n'avais jamais crû possible d'aller au bout tellement ce fut un chemin de croix que ce 100 km...
Dès le 30ème, même avant, j'avais très mal aux jambes; pour dire quand nous sommes passés au marathon en 3h15-16, j'avais l'impression d'être dans l'allure de 2h40. C'était exactement comme si j'avais couru à 16 km/h, comme si au 40ème kilomètre, j'étais déjà au 90ème km. En débutant le 3ème tour je savais déjà que je n'allais rien faire au bout, c'était impossible au vu de mes sensations de douleur qui ne faisaient que s'accentuer. Je me connais bien, j'ai déjà fait plusieurs 100 km, j'ai déjà abandonné sur mononucléose, et sur blessure, mais là c'était tout autre, j'ai souffert beaucoup plus, et tout de suite, et quelle que soit mon allure, cela n'aurait rien changé. Tout était déjà perdu dès le 2ème tour même si je n'ai jamais flanché émotionnellement.
J'ai fait le 3ème, j'ai cru sincèrement m'arrêter au 4ème, cela me semblait tellement impossible de faire encore plus de 3h alors que j'en n'avais "que" 5... Et que j'étais déjà au delà du 100ème km au niveau de mes sensations. Je suis partie sur le 5ème tour car je n'en avais pas le choix, pour "l'après" course, pour tous ceux qui avaient tant fait pour moi, pour la vision que j'allais laisser de mon comportement. J'aurais terminé en marchant.
Une fois le 5ème tour réalisé, en commençant déjà à alterner marche et course, je devais faire le dernier, et j'ai dû autant marcher que courir. Je savais que j'avais tout perdu, donc quand Magali (ndlr : Magali Reymonenq s'est imposée en 08:21:13) et les autres filles m'ont doublé, cela ne m'a rien fait, même pas un coup au cœur, même pas la moindre angoisse, j'y étais préparée, je le savais, et cela ne pouvait être autrement au vu de la souffrance indicible que je supportais. Si j'ai eu régulièrement des crises de larmes, c'était réellement de souffrance physique, pas du tout de souffrance morale comme certains l'ont pensé... J'étais au delà de la souffrance morale, bien au delà...
Bref, j'ai terminé, blessée, mais j'ai terminé... Ma seule victoire, mais une belle sur moi-même, et riche d'enseignements... Je tourne la page, ce fut une véritable épreuve, mais j'en sortirai plus forte la prochaine fois... Il faut y croire, toujours, quoi qu'il arrive malgré les déceptions...
Je regarde devant ».
Cécile sera peut-être au 100 km de Tohrout le 18 juin. Elle le fera à une seule condition : Etre certaine d'être soignée et d'avoir parfaitement récupéré pour y réaliser moins de 8h et pour y espèrer une sélection pour Gibraltar (Challenge mondial et européen de 100 km 2010, le 7 novembre).
Publié le 17 mai 2010
Cécile Moynot ou le Bonheur de courir !
Stéphane Abry : Cécile tu as couru ton 1er marathon en 2000. Pour y arriver quel a été ton passé sportif ?
Cécile Moynot : J’ai fait de la gymnastique de mes 5 ans ½ à mes 13 ans, puis 1 année de judo. J’ai toujours aimé courir et en classe j’étais la seule à aimer l’endurance. Je participais chaque année au cross du collège et je le gagnais à chaque fois. Au lycée, j’ai fait les cross UGSEL, j’adorais ça. Ma prof d’EPS m’emmenait dans sa petite voiture, c’est grâce à elle que je pouvais y aller. En terminale, je fais 6ème au France UGSEL et 1ère J1, j’étais sur un petit nuage. Au quotidien, je courrais très peu, avec l’école 1 fois par semaine. En terminale, j’allais avec le Stade Brestois le mercredi soir quand mes parents pouvaient venir m’y chercher, et très rarement le dimanche matin. Nous sommes une famille de musiciens, pas de sportifs.
Ensuite, j’ai eu beaucoup d’ennuis de santé, (cf le site de mon partenaire PiLeJe http://www.pileje-micronutrition.fr/-cecile-moynot-), et je n’ai commencé à courir que sortie de cet enfer, début 2000. J’habitais Paris (ayant été soignée là) et j’ai commencé à courir 30’ par ci, par là. Physiquement j’avais énormément changé et j’avais besoin de ré-apprivoiser mon corps, de m’évader. Quand j’ai vu qu’il y avait le semi marathon de Paris début mars, je me suis inscrite, sur un coup de tête. Je n’avais jamais couru plus que 3 x 30 à 40’ depuis 2 mois. J’ai d’ailleurs énormément souffert et au 15ème km je me suis jurée que jamais je ne ferai de marathon, c’était pour les « fous ». Et le 1er mai 2000, par défi pour une amie avec qui j’avais été hospitalisée, je me lance sur mon 1er marathon avec un copain de là où je travaillais. Et j’ai pris un plaisir immense ! J’étais piquée ! Je n’ai plus arrêté ensuite.
CM : En fait, j’ai commencé par courir beaucoup de longues distances. J’étais attirée par le défi que cela représentait. N’ayant aucune culture athlétique, je n’ai pas été en club pendant 2 ans (j’avais un pass running), j’achetais le magazine Jogging et j’essayais de suivre quelques trucs, mais je ne comprenais pas vraiment les histoires d’allure par rapport au cardio. Je courais quand je pouvais et quand j’en avais envie. Simplement pour le plaisir, pour rencontrer des gens, pour m’évader, pour me tester. Je regardais le calendrier, je prenais ma voiture et j’y allais, je courais et je rentrais. J’ai vite gagné des petites courses et bien sûr ça me donnait envie d’aller plus vite. Mon premier semi je fais 01:49, mon premier marathon 03:51. Petit à petit j’ai progressé. Je faisais tout et n’importe quoi, comme ça me plaisait, du marathon, du trail, de la course verte, j’ai même tenté un 100 km de nuit, etc… Puis je suis rentrée dans un club, j’ai appris quelques « trucs » et j’ai avancé plus vite. J’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont soutenu, aidé à avancer, qui ont eu confiance en moi, qui m’ont ouvert des portes. Puis j’ai fait une très belle rencontre humaine et sportive, l’équipe soudée qui me suit actuellement et depuis 2 années. Ils m’ont apporté et m’apportent énormément sur tous les plans, amical, nutritionnel, santé, mental, sportif, etc… Ils me sont très précieux. Nicolas (Monnier) mon entraîneur, Denis (Riché) mon nutritionniste, la société PiLeJe, et je peux y intégrer Bernard et Karine Brun qui ont été là à des moments très difficiles de ma vie et qui me suivent régulièrement. J’apprends énormément avec eux, je n’en serai pas là sans eux aujourd’hui.
CM : J’adore l’endurance, le long, je m’y sens bien, c’est ce pour quoi je suis faite. J’y pensais depuis un moment et après un échec cuisant sur marathon, à Paris, en 2006, j’ai décidé de « changer d’air » et me lancer sur le 100 km. Je me mettais trop de pression sur marathon et j’étais bloquée. J’avais envie de faire autre chose pour me faire plaisir et découvrir ce qui m’attirait tant. J’ai eu la chance d’obtenir une première sélection en équipe de France à la suite de mon 1er 100 km et j’y suis restée car j’avais adoré cela. Cette année je suis redescendue sur marathon car j’ai eu le bonheur d’intégrer le collectif marathon créé l’année dernière. Et le bonheur encore plus grand d’obtenir une sélection avec l’envoi d’une équipe féminine à la coupe du Monde de marathon à Berlin en août dernier. De plus, pour progresser sur le long il faut que je progresse sur le court et avec mon entraîneur nous avions envie de redescendre sur du plus court avant de revenir sur le 100 km. Je suis encore jeune pour l’ultra, et j’ai des choses à faire sur les distances intermédiaires. Mais il me tarde de revenir sur 100 km !
CM : C’est un Bonheur et une fierté immense de porter le maillot tricolore ! Chaque athlète le souhaite, le désire ardemment au plus profond de lui. C’est quelque chose d’ « à part » ! Personnellement, je n’ai, pour le moment, pas été très heureuse de mes différents mondiaux. Malheureusement, j’ai accumulé les soucis physiques et personnels et je suis passé à travers mes trois grands championnats. Mais je ne désespère pas, comme on dit : jamais deux sans trois, alors maintenant que les trois sont passés, il n’y aura plus que du Bonheur ! J’y crois en tout cas.
CM : Une belle saison de cross avec mon nouveau club, l’Alès Cévennes Athlétisme que je viens de rejoindre, et une belle place aux France. Puis, soit le collectif marathon perdure et je tenterai la sélection pour les Europe de marathon à Barcelone fin août, soit non et je tenterai la sélection pour les Mondiaux de 100 km en fin d’année. Dans tous les cas, continuer à bien travailler pour faire descendre encore un peu mes chronos.
CM : En fait, c’est une semaine relativement identique à celle pour un marathon. Il n’y a que le volume de travail au seuil qui augmente un peu ainsi que les sorties longues. Mais les prépas sont quasiment les mêmes. Semaine type : 1 séance de VMA, 2 séances de seuil, 1 sortie longue, je double 3 à 4 fois pendant la semaine, et 1 jour de repos.
CM : J’alterne beaucoup les boissons pour ne pas me lasser et pour compenser les diverses pertes hydriques et minérales. Nous sommes tous différents, mais pour ma part j’utilise 3 boissons, 1 malto salé, 1 malto neutre (sucré on dira) et 1 boisson de récupération. Je fais 40 km environ avec des barres fruitées, ½ tous les 5 km, puis je passe aux gels, ½ tous les 5 pareil, en plus des boissons (tous les 5 km je tourne). Et je termine au coca dégazé, quand plus rien ne passe.
Pour le « jus », il y a la sérénité d’être prêt le jour J, d’avoir travaillé comme il le fallait, et d’arriver frais au départ. Ensuite je connais la distance, je sais qu’il faut être très humble face à l’ultra et bien gérer tout ce qui peut-être nuisible. Il faut pouvoir être en équilibre dans sa tête car c’est une course qui nécessite un fort mental. Il peut y avoir des présences qui rassurent, qui soutiennent, qui encouragent, qui stimulent, la musique pour passer le temps. Chaque personne est différente face à ce genre de course, et sur chaque course cela peut-être également différent. Il faut savoir s’adapter, improviser, mais surtout avoir confiance, confiance en soi, confiance en ce que l’on a fait, et se dire que même si on n’est pas bien à certains moments, on le sait, et ça revient toujours à un moment ou à un autre. Il faut y croire jusqu’au bout !
CM : Pourquoi devraient-elles les gérer différemment que les hommes ? Plus les distances sont longues, plus les femmes se rapprochent des hommes. Je pense (j’en suis convaincue même) qu’elles ont un mental plus fort ce qui compense le fait que physiquement elles peuvent être un plus faibles, ou moins fortes.
CM : Oh oui, j’en rêve depuis longtemps déjà ! Mais on ne peut pas tout faire, et je souhaite tout d’abord continuer à progresser, ce qui me semble incompatible avec certaines courses. Entre les cross, les courses de sélection, les championnats, l’année est déjà bien remplie surtout quand on veut vraiment se préparer au mieux. Mais quand j’aurais atteint mon pallier, c’est certain que j’irais me faire plaisir sur ce style de grandes courses qui m’attire beaucoup !
CM : Alors là, elles peuvent de toutes sortes… De la plus désagréable à la plus agréable… Je peux me sentir lourde, moche, bonne à rien, crispée, coincée, comme je peux me sentir libre, légère, sereine, fluide, tonique, belle, heureuse, transcendée, déterminée, rêveuse… Je peux être éléphant ou libellule !...
Publié le 26 octobre 2009
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