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Interview Juan Carlos Pradas La vie est faite de rencontres, et certaines deviennent possibles grâce aux réseaux sociaux. C’est ainsi que nous avons découvert un coureur qui donne de son temps pour Fanny et qui donne aussi du sens à l’ultra. Juan Carlos a 37 ans, il court 100 à 150 km par semaine et exprime son talent au travers de 24h, de marathons ou encore d’ultras trails. Quand un coureur s’engage, son geste résonne obligatoirement auprès d’Esprit-Course
Stéphane Abry : Racontes-nous comment tu en es venu à te passionner pour la course à pied et plus particulièrement les longues distances ? Juan Carlos PRADAS : Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours fait du sport. Du judo étant gamin, du vélo pour aller à l'école puis à la fac, de la pelote basque, du foot, bref j'étais constamment en mouvement. La course à pied est venue un peu à reculons. A l'école, les cours d'éducation physique et sportive, j'avais horreur des jeudis ou nous attendaient, je le savais, les tours de piste. Puis j'ai commencé à courir par défi, plus tard, beaucoup plus tard, à 27 ans. Pendant quelques années je me suis consacré aux 10km, semi puis marathon. L'arrivée des trails m'a ouvert ensuite avec beaucoup de passion à la course nature, aux possibilités infinie qu'elle nous propose tant dans ses distances que dans ses lieux. Allergique à la ville, j'ai vite trouvé grâce aux parcours vallonnés des trails et raids nationaux ou internationaux. Une inscription manquée au sempiternel Marathon de Paris m'a ouvert les portes de l'ultra, porte que je n'ai pas refermée depuis. L'ultra, ce que l'on appelle dans le jargon, les courses de longues distances, se rapproche de la conception que j'ai de la course à pied : la liberté. Une liberté qui se décline sur plusieurs champs : liberté de temps, de lieu, libre de toute pression, liberté de courir ou marcher, liberté d'horizons. SA : Qu’est-ce qui est important pour toi quand tu cours ?
JCP : Quand je cours, je recherche avant tout un bien être, un rapport avec mon corps que seul au moment ou je commence à fouler les sentiers je ressens. Une importance d'être, de sentir, d'être bien tout simplement ou bien alors, selon les périodes, une importance de sentir son corps souffrir, sentir que tu le fais vivre à chaque pas. Quand je cours il est important pour moi aussi de ressentir des émotions. Une émotion qui peut être provoquée par l'écureuil qui me suit de branche en branche lorsque je suis dans mon bois d'entraînement. Une autre émotion provoquée par une musique que j'écoute et qui m'envahit de ses paroles qui me touchent. Une émotion, à la fin d'une course de longue distances, d'un raid de plusieurs jours ou j'ai pu courir pendant 500 km, de penser à tout ce qui me ramène aux autres. La course à pied comme un moyen et moins souvent une fin. SA : Toi qui aimes les poèmes, ils te servent à ce que la course soit plus facile quand c’est difficile ?
JCP : La poésie par sa traduction écrite oui, mais aussi dans sa version musicale, une belle mélodie peut m'aider sur une course. Je prends aussi toujours beaucoup plus de plaisir à courir en nature, en pleine montagne qu'en ville. L'écriture ramène enfin aux mots/maux, aux émotions, c'est essentiel dans la vie, non ?
SA : La spiritualité dans l’ultra tu y crois ?
JCP : La spiritualité dans l'ultra ? L'ultra c'est de la course à pied et la course à pied c'est juste une manière de se sentir bien. Faut-il y mettre de la spiritualité derrière cela ?
SA : Juan Carlos, tu t’engages en courant pour soutenir Fanny, qui est-elle ?
JCP : Fanny est une jeune femme, belle comme un soleil. Fanny et la Vie est l'association qui soutient sa cause. Elle a 22 ans. Elle est handicapée moteur cérébral. Je l’ai rencontré il y a deux ans et je suis tombé sous le charme. Malgré son handicap elle dégage une force de vie, un sourire et un rire communicatif. J’ai tout de suite su, en la voyant que ce serait sa main que je prendrai pour donner un sens à la vie. Depuis on se tient l’un l’autre comme on tient à l’autre, simplement, comme une évidence. Sa vie, est ponctuée de difficultés quotidiennes, qui pour le commun des quidam n'a pas lieu d'être : se déplacer, avoir des activités, ses séances de kiné qui parfois l'agacent car elle n'y voit pas assez d'effets concrets dans sa mobilité. Toutes ces difficultés coûtent de l'argent. Ces dépenses et c'est là que le problème se présente, ne sont pas, ou très mal remboursées par la sécurité sociale. Aussi, dans mon engagement course à pied, j'ai décidé de mettre en vente tous les km que je parcours lors de mes courses officielles. C'est ainsi qu'en 2008 j'ai pu récolter plus de 1800 euros qui ont été reversés dans l'intégralité à l'association. Par ailleurs j'ai aussi décidé de parrainer chaque année un coureur qui s'engagera pendant une année en faveur de Fanny et la Vie en portant le fanion de Fanny. Cette année c'est un coureur belge, Bernard Doumont qui porte le flambeau. Mon idéal serait de créer une chaîne de solidarité multiraciale, multiculturelle, multi-humaine finalement.
SA : Pour l’aider, quels sont tes objectifs cette année ?
JPC : Mes objectifs se déclinent autour de trois projets de course à pied trés longue distance. En mai en participant aux Championnats de France de 24 Heures à Séné. En Août en courant la Minikil, une course dans le sud de la France en autosuffisance totale, d'une longueur de 200km non stop. En fin d'année en participant à la mythique Trans333, une course dans le désert de 333 km non stop en autonomie absolue.
SA : Qui peut soutenir l’association « Fanny et la vie » et comment ?
JPC : Tout le monde peut soutenir Fanny et la Vie. Qu'il s'agisse d'une aide financière en achetant mes km ou ceux de Bernard. Mais aussi une aide comme celle que tu m'autorises Stéphane, en m'aidant à communiquer largement sur son cas. Parlez en autour de vous, entre amis, lors de vos soirées, lorsque vous irez courir la prochaine fois. Je ne recherche pas le don miraculeux mais juste une multitude de petits dons qui conjointement feront que ce projet de vie prendra toute sa raison d'être. Les entreprises sont aussi les bienvenues. Je veux encore une fois rappeler que chaque don va directement à l'association, en aucun ils ne me servent pour payer une inscription à une course. Vous pouvez aussi, écrire directement à Fanny, parfois quelques mots valent bien plus qu'une pièce de monnaie. Et croyez-moi cette lettre, ce mail que vous lui adresserez auront pour elle une importance sans commune mesure.
SA : Comment expliques-tu qu’il y ait beaucoup de coureurs qui s’engagent dans des causes comme celle-ci ?
JCP : Je ne suis pas aussi persuadé qu'il y ai autant de coureur qui soutiennent des causes en s'engageant personnellement. Mon souhait serait que chacun porte son drapeau et sa cause, mais là encore tout le monde est libre de ses motivations. Il n'y a pas de vérité absolue dans les engagements de chacun, chacun a la sienne. Et puis la course à pied est un moyen comme un autre, il n'est pas besoin d'être coureur pour avoir un engagement personnel.
SA : A toi le mot de la fin…
JCP : La course à pied est un plaisir, sans doute une philosophie de vie, elle nous permet d'atteindre des émotions, d'en donner. C'est ce que j'aime dans ce sport, un sport qui nous permet de côtoyer sur une même course si des professionnels si d'autres coureurs au niveau plus modeste. C'est à mon sens le sport le plus démocratique qu'il existe. J'aimerai que la notion de performance soit totalement subsidiaire dans notre quête de l'absolu, qu'il n'y ai pas de bons ou de mauvais résultats, de classements, de hiérarchie, juste la joie d'avoir pris du plaisir à courir en solitaire ou a plusieurs. A partir du moment ou on arrive a poser un pied devant l'autre, c'est là que se trouve notre essentiel. Par ailleurs, je voudrais conclure en parlant de Fanny. Fanny n'a jamais couru de sa vie. Vous coureurs, vous qui chaque jours chaussez vos baskets pour aller galoper, est ce que cela représente pour vous quelque chose de concret d'imaginer une vie entière sur une chaise roulante ? Imaginez un instant ne pas connaître cette joie que nous avons tous lorsque nous alignons notre première foulée puis la deuxième, puis cette accélération qui nous remplie de joie sur la fin de notre séance. Fanny, quand elle nous voit courir elle rit. Elle rit d'un rire qui me fait oublier cette différence qu'elle porte en elle. Et vous, à sa place, vous ririez ? Tendez lui la main comme elle nous donne son cœur. On est riche de ce que l'on donne.
Pour soutenir Fanny et la Vie http://www.fannyetlavie.fr/index.html Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. '; document.write( '' ); document.write( addy_text72413 ); document.write( '<\/a>' ); //-->\n Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Téléphone 06.31.64.33.19 Chaque Kilomètre est vendu 1 euro. L’objectif est de dépasser les 1800 euros de 2008 et d’atteindre 2000 euros Publié le 28 avril 2009
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