La 333 par Alain Gestin : Pour celles et ceux qui en ont !

 

alain gestin

Il fallait l'entendre Alain au téléphone me raconter avec enthousiasme la création de ses courses et plus particulièrement de l'exceptionnelle 333 ! Un passionné qui pourrait vous servir en toute simplicité des anecdotes durant des heures. Un conteur, certainement à la dent dure, mais surtout avec un coeur grand comme ça ! C'est bien la première fois que je vais vous proposer de vous servir une bière et quelques noix de cajou pour prendre le temps de vous créer des images en regardant ce qu'Alain a à partager.

 

 

 

Stéphane Abry : Quel souvenir gardes-tu de la 1ère édition de la 333 ?

Alain Gestin : Tout d’abord j’ai été le pionnier de l’ultra dans le désert. A l’époque il y avait des 100 bornes, mais pas encore de courses extrêmes de cette dimension. Gilles Bertrand disait : « Qu’il fallait être gonflé et avoir confiance aux hommes ! ». La 1ère 333 a été courue en 1999 en Mauritanie avec 60 coureurs qui avaient un esprit baroud (aventure, difficulté et modestie). Je me souviens qu’il y a avait beaucoup d’improvisation, pas de moyen financier et beaucoup d’inconnues. Donc j’ai lâché 60 bonhommes dans un désert sans aucun repère. J’ai fais le chien de garde durant toute la course, je gardais « le troupeau », je ramenais les coureurs égarés en pleine nuit sur le bon chemin. C’était l’aventure avec un grand A. Et depuis, il n’y a jamais eu de gros problème en 11 ans.

 

SA : Qu’est-ce qui s’est passé en toi pour créer une telle course pour celles et ceux qui en ont ?

AG : Je venais de faire Dakar-Paris en solitaire. Je croyais en cet objectif et je l’ai réalisé. Si je l’ai fais, c’est parce que j’ai décidé de le faire. Plein de gens sont capables de réaliser ce genre de défi, d’aventure et pour ma part je l’ai prouvé. Je le répète, tout le monde est capable. J’ai eu envie de la réalisation de courses extrêmes dans le désert à ce moment-là.

 

333 afficheSA : Depuis qu’est-ce qui a été facile en termes d’organisation et qu’est-ce qui a manqué de te faire baisser les bras ?

AG : Ce n’est pas si facile mais c’est faisable. Il faut y croire ! Le point essentiel qui est le ciment de nos courses c’est le bon esprit entre le staff et les coureurs. Tout le monde fait bloc. Le plus difficile est de monter le budget. Les premières années, la 333 était déficitaire, il y a eu des dettes et malgré ces dettes, vous voyez, je vis. Je crois que si j’avais eu une charge familiale, à cause de ces dettes, je n’aurais pas réussi à tenir toutes ces années.

 

SA : Racontes-nous le concept de la Trans 333…

AG : L’idée de base était de courir de longues distances dans tous les déserts du monde. Mais ils ne sont pas tous adaptés. Par exemple nous rencontrerions quelques soucis de dénivelés trop important. Je veux amener les coureurs voir de voir des belles choses car ça aide à supporter la souffrance. Mais je ne veux pas les faire galérer encore plus en multipliant les difficultés supplémentaires. Actuellement il y a 2 à 3 déserts qui se prêtent bien à mes courses, le Ténéré, le désert blanc en Egypte et pourquoi pas le Mali quand le pays sera politiquement stable. Et puis une des clé du succès c’est une organisation volontairement minimaliste pour garder le goût de l’aventure et le dépassement de soi. C’est du pur, du dur…

 

SA : Les coureurs en redemandent… qu’est-ce qui les motive ?

AG : Ils viennent faire une grande traversée entre potes, c’est une famille, une tribu, en quelque sorte c’est la tribu Gestin. Les gars et les femmes qui participent à nos ultras savent se remettre en cause. C’est leur réussite à eux, avec peu d’assistanat, ils sont faces à eux-mêmes, c’est une course miroir. Durant ces traversées, ils touchent aussi leurs faiblesses, c’est une école de la vie pour ces durs à cuire. Ce qui est intéressant de remarquer, c’est que ces coureurs et notre organisation nous créons des liens et nous restons en contact.

 

SA : Quelles sont les qualités essentielles pour une telle course ?

AG : Avant tout y croire, avoir le gout de l’effort, développer une bonne gestion du sommeil, savoir gérer son alimentation et être organisé. La ténacité, le courage, l’humilité, et surtout l’honnêteté. J’ai eu un tricheur, une fois, il n’est plus accepté car il a fait 4 km en voiture 4 X 4…

 

logo extreme runnerSA : Evidemment en plus de terminer tu souhaites quoi pour les participants ?

AG : De revenir, mais sur la 555, le nec plus ultra. Nous avons en moyenne 30 coureurs pour la 555. Ils passent de la 333 à la 555 car ils se prennent au jeu. Ils souhaitent gravir les barreaux de l’ultra du 222… à 555 km et d’autres encore… Les coureuses et coureurs demandent que soient organisées les courses : 777, 888, 999 ! Nous réfléchissons à une 1001 km qui serait le dernier barreau de nos ultras dans le désert. Je leur souhaite comme à Marianne Blangy de terminer la 222, la 333 et la 555 dans la même année ! Cette coureuse à une mental extraordinaire !

 

SA : Quelles sont les dispositions que tu prends pour assurer leur sécurité ?

AG : J’ai été le 1er organisateur de course avec GPS, le seul avec téléphone satellite individuel. Dès cette année j’équiperai les coureurs de balises Argos (Système de positionnement par satellite) pour la 555. Côté médical nous avons une équipe très performante, avec un infirmier et un médecin pour 20 coureurs. Notre équipe est d’ailleurs réputée pour ses compétences dans le soin des pieds, si important dans ce genre d’épreuve.

 

SA : Qui peut décider durant l’épreuve si un coureur doit stopper ? Quels sont les critères ?

AG : Ce qui est chez nous éliminatoire c’est le besoin de perfusion. La 1ère perfusion de glucose est le signal d’arrêt sur nos courses, mais nous n’avons pratiquement jamais eu de perfusé. Nous avons en moyenne entre 10% et 15 % d’abandons.

 

SA : Quels sont les trucs et astuces que chaque coureur devrait connaître pour vivre au mieux son défi dans le désert ? (matos, mental, chaleur, hydratation…).

AG : Il n’y a pas un truc spécial, chaque individu étant unique ce qui convient à un ne convient pas forcément à un autre. A chacun de faire ses erreurs et de corriger le tir. 80% de la réussite vient du mental. Il faut avoir un esprit positif et surtout ne pas être fragile mentalement.


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Publié le 09 juillet 2010

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