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Compte rendu de Christian Fatton aux 6 jours d'Antibes
Christian Fatton : Depuis le début de l'année avec des week-ends de montée en charge, d'abord à raison de 10h par week-end jusqu'à 28h en 3 jours à Pâques. Puis maintenu en avril à raison de 2 séances par semaines de 6 à 8h de temps, entre le dimanche et le lundi. Le samedi, je faisais si possible une course rapide, exception d'un trail de 54 km, afin de travailler le rythme. Cela devait me préparer pour les 24h de Brive des Championnats du monde et les 6 jours, espacés que de 3 semaines. Ma préparation a été optimale, car les 24h de Brive ne m'ont même pas spécialement fatigué, même si j'étais un peu déçu de ne pas atteindre les 240 km. SA : Tu arrives à Antibes qu’as-tu fais en premier pour te mettre dans l’ambiance ? CF : On a planté la tente et dormi déjà la nuit avant la compétition mais nous avons profité de bien manger encore au restaurant le soir avant. Je suis d'un naturel assez calme et l'après-midi avant le départ, j'ai fait une sieste et lu les journaux en retard de la semaine. On a bien préparé les différentes affaires emportées, soit chaussures dans un cageot, boisson et nourriture dans un box "Badwater" hermétique et isolant, habits par sacs bien triés par sortes d'habits (t-shirt dans un sac, liquette dans un autre, short dans un autre, socquettes dans un autre etc... et allongés à côté de mon matelas, parallèlement à ma position (liquette et t- shirt au niveau de la tête, sweat-shirt plus bas, short encore plus bas, socquettes au niveau de mes pieds etc..) afin que Julia, mon épouse trouve tout de suite le nécessaire sans tout devoir retourner. Le matériel des soins, vaseline, crème solaire, crème chauffante ou de massage etc... étaient dans une autre caisse.
CF : Mis à part le 2ème jour où j'ai souffert de la chaleur et d'une légère insolation, j'avais un mal de tête et j’étais brûlant le soir, ce qui s'est traduit par un kilométrage minimal, je l'ai bien vécu et ai trouvé très intéressant. La journée je ne forçais pas trop en raison de la chaleur et profitais bien de la nuit pour avancer. Ainsi, cela me permettait de rester au contact avec la première place, au gré des siestes. Je m'arrêtais au début de semaine vers 19h15 pour souper, puis dormais de 19h45 environ à 22h15 pour reprendre le parcours un quart d'heure plus tard. Je faisais une petite pause d'une heure tout compris (30 min de sommeil) en fin de nuit. Cela me faisait environ de 4 à 5 h d'arrêt par jour, avec les soins pour les pieds, qui ont eu des ampoules dès le 1er jour. A partir du 4ème jour, je me suis dit que je perdais des heures de nuit pour bien avancer alors je dormais de 16h à 18h environ et faisais une autre pause de 2h à la fin de la nuit ou au début de journée, de 5 à 7 ou de 6 à 8h. Mais c'était limite de dormir si peu. J'ai un jour demandé à Julia qu'elle me donne des gifles pour bien me réveiller, car je voulais de nouveau dormir 30 min après ma pause matinale, le 5ème jour. Je ne comprends pas de lire que je faisais de l'intox pour aller dormir et que je revenais 10 minutes après, c'est n'importe quoi. (Voir le droit de réponse en fin d’article). SA : Cette évidemment une expérience unique, mais quel est à ton avis le ou les jours les plus critiques ? Pourquoi ? CF : Le seul jour qui m'a vraiment causé problème est le 2ème jour en raison de mon mal de tête et de la légère insolation. Il n'y avait pas d'air ce jour là et j'avais de la peine à respirer. Le médecin m'a confirmé que ce n'était pas vraiment de la fièvre, alors ça m'a rassuré, même si je ne me sentais pas au mieux. SA : J’ai crû comprendre que les portions frites hamburgers ce n’est pas ton truc… Qu’as-tu privilégié comme nourriture ? CF : Surtout des aliments semi-liquides. Les 2 premiers jours, j'ai mangé pas mal de bananes. Puis j'en ai été quelque peu dégoûté. J'ai mangé de la purée et des wienerlis, qui passent bien car on ne doit pas trop mâcher et c'est bon car salé. Pas mal de compote de fruits, de flans, de yoghourts, de boissons énergétiques lactées, des mini-Milky-Way, Mars ou Snickers, des biscuits ou cake, quelques gels, quelques fois des pâtes. J'ai mangé le menu du soir au début, puis je ne mangeais que les pâtes mais à mon avis elles auraient être dues plus cuites et être plus traditionnelles afin qu'elles soient plus tendres et qu'on doive moins mâcher. J'ai essayé quelques barres énergétiques ou Farmer mais avec le manque de salive, ça ne passait pas bien, on perdait trop d'énergie à mâcher et donc à digérer car c'était trop sec. Une fois ou l'autre un peu de melon ou de pastèque, 2 glaces à l'eau par jour pour rafraichir la gorge, un peu irritée par la poussière et le fait de respirer abondamment.
CF : J'ai aussi un peu souffert du sol caillouteux qui échauffait la plante des pieds. J'ai souffert d'ampoules aux orteils dès le 1er jour, mes pieds gonflant un peu et touchant les côtés de la chaussure. Je les ai ensuite coupées pour diminuer le frottement et donner encore plus d'espace. Sinon, j'ai eu des allergies dues à la poussière-soleil-crème solaire sur les jambes, une allergie ou inflammation dans la bouche, qui m'incommodait si je mangeais quelque chose d'acide. Des frottements derrière les bras, malgré la vaseline et des coups de soleil le dernier jour, car ne prenant pas le temps de me pommader les épaules. SA : Quel a été le rôle de Julia qui t’accompagnait ? CF : Elle m'a ravitaillée, m'a renseignée, a préparé mes boissons, coupé mes pâtes, cuit du thé que j'ai bu durant 1 jour et demi, aller en commission pour renflouer mon stock de yoghourt, flans, etc... Elle a tendu les bouteilles, à peu près à chaque tour la journée et tous les 2 tours environ la nuit. Bien sûr, je lui ai dit de dormir un peu plus que moi et de dormir quand elle avait sommeil mais 2 nuits ou j'avançais bien et que je chassais pour refaire un peu mon retard, elle est restée longtemps pour m'épauler. J'ai essayé aussi plusieurs fois de changer de chaussures mais la seule paire qui m'allait était toujours la même, même si j'ai essayé plusieurs fois de changer avec différentes semelles orthopédiques. Donc j'ai perdu du temps inutilement. SA : Physiquement, comment revient-on d’une telle épreuve ? CF : Musculairement, je n’ai pas eu de problème, articulairement ça va aussi mais la fatigue est immense et le manque de sommeil est long à récupérer. Le manque de force est ensuite bien visible. C'est au niveau des os, des attaches des tendons sur les os que les douleurs sont très vives durant 3 jours après l'épreuve. La journée c'était supportable mais ça m'empêchait de bien dormir la nuit, même en étant très fatigué. Ensuite, on a des spasmes électriques dans les pieds, les orteils. Les connections des nerfs un peu écrasés se refont vraisemblablement. Droit de réponse : Christian, tu as été un peu peiné en lisant l’interview d’Olivier Chaigne sur Esprit Course et sur un autre site. Vous avez vécu votre coudes-à-coudes avec des visions différentes et certaines situations méritent que l’on puisse avoir accès aussi à ton propre vécu. Christian Fatton : Même si mon ambition était grande, j'ai été très peiné de lire qu'il semblait que je disais à qui voulait l'entendre que j'allais gagner. Ce n'est pas du tout mon style, même si j'ai l'envie et le pouvoir de gagner. Cette arrogance qu'on peut lire dans l'article ne me plait pas du tout. Bien sûr, j'y ai cru jusqu'à la fin, c'est pourquoi j'ai attaqué comme un fou à 6h30 de la fin. J'ai réduit considérablement mon retard lors de la dernière nuit et lors du matin final, suite à mon repos de fin d'après-midi de 16h à 18h puis suite à mon deuxième arrêt de 5h à 7h du matin. Comme Olivier n'a dormi que 3/4 d'heures la nuit et un quart d'heure le matin, il a pu conserver une avance mais je me demande comment il a pu tenir le coup pour répondre à mon attaque et ensuite courir à la même allure que moi de midi à 16h, avec la chaleur et suite au malaise qu'il a fait en début de journée, ou les médecins l'ont envoyé se reposer, mais il ne s'est reposé qu'un quart d'heure. Peut-être est-ce dû à sa jeunesse par rapport à moi, mais pour ma part, j'avais vraiment besoin de mes 4h d'arrêt minimum par 24h, car je m'endormais ensuite debout. Le soir avant, en discutant avec plusieurs personnes, j'ai encore bien dit que s'il ne connaissait pas une petite défaillance, il ne m'était plus possible de refaire mon retard, à moins qu'il fasse une bonne sieste. Je me concentrais à ce moment davantage pour garder ma 2ème place, Christian Mauduit n'étant pas si loin derrière moi. Ensuite de lire que je faisais de l'intox pour dire que j'allais dormir et que je revenais 10 minutes après, c'est vraiment n'importe quoi et complètement erroné. Je ne sais pas ce qu'il recherche en affirmant des choses pareilles. Ou est-ce un journaliste qui veut exacerber le duel au delà de la course ? Car il me semblait que sur le terrain, on était assez convivial, amical et respectueux l'un de l'autre. La preuve est encore ma poignée de main à Olivier à 4 heures de la fin pour lui signifier mon respect et qu'il avait quasiment course gagnée, s’il gérait son avance, donc en continuant d'avancer à au moins 5 km/h, donc 4 tours à l'heure. Je ne me sentais plus la capacité de courir 2 km/h plus vite que lui, puisqu'il courait aussi à plus de 8 km/h. Quand je cours un ultra, je dis souvent, on y croit, on y va, pour me donner du courage et me convaincre que je vais arriver au bout. Je le dis souvent à haute voix, surtout quand je repars après un arrêt. Si on prend ces paroles et qu'on les interprète qu'on croit à la victoire et qu'on va vers la victoire, il y a vraiment un raccourci très dangereux et très libre d'interprétation. Donc il y a une part d'ombre qui me dérange dans les propos rapportés. Je pourrais encore rajouter d'autres épisodes qui me dérangent un peu mais l'essentiel est là.
Pour mieux connaitre Christian Fatton 3 questions à Christian Fatton Compte rendu du French Ultra Festival par Gérard Cain Publié le 29 juin 2010
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SA : Comment as-tu vécu ces 144 heures ?
SA : Beaucoup d’ultra-marathoniens ont soufferts de maux aux pieds. Est-ce le cas pour toi ? As-tu eu d’autres « bobos » à soigner ?