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Interview Valérie Jermann

 

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Les barefoot runners sont de plus en plus nombreux. Une façon originale de courir mais surtout une manière de retrouver la course originelle. Avec Valérie Jermann nous remontons vers la source.


Stéphane Abry : Salut Valérie, raconte-nous ton parcours de coureuse.

Valérie Jermann : J'ai commencé à courir en 2005 pour perdre le poids que j'avais pris en arrêtant de fumer... une dizaine de kilos. Je n'avais pas une vie très saine et je ne faisais pas du tout de sport. La course à pied a été une renaissance pour moi, je me sentais si bien, je n'ai plus voulu quitter cet état. J'ai donc tout naturellement continué à courir pour le plaisir après avoir atteint mon but sur la balance. Je peux avouer sans honte que le sport a remplacé la cigarette dans ma vie aujourd'hui, et plus particulièrement la course à pied. J'ai passé par une phase plutôt obsessionnelle que connaissent beaucoup de coureurs et aujourd'hui j'ai réussi à trouver un équilibre parfait dans mon niveau de pratique. Je vie en harmonie avec la course à pied, elle ne m'isole pas et je ne la subis pas.


SA : Pour quelles raisons t’es-tu mise au barefoot running ?

VJ : Au fil des mois et des années j'allongeais assez logiquement les kilomètres lors de mes sorties et je me suis rendue compte qu'en pratiquant des distances d'environ 15-20 kilomètres, je rentrais de plus en plus régulièrement avec des douleurs aux hanches et aux genoux. J'ai commencé à m'interroger sur ces maux, je suis plutôt raisonnable et à l'écoute de mon corps, j'avais le désir de courir mais tout autant le désir de ne pas martyriser mes articulations. On a qu'un corps... J'ai donc commencé à me renseigner non seulement sur les types de chaussures et les différentes répercutions qu'elles avaient mais également sur les manières de courir adaptées pour ménager son corps... et mes recherches groupées sur ces 2 points m'ont gentiment amenée au barefoot. Je me décidai donc à tester ce type de course à pied.


SA : Comment fait-on le choix des chaussures pieds-nus ?

VJ : J'avais la volonté de tester la course pieds-nus mais j'étais consciente que mes pieds étaient à des années lumière de pouvoir subir ça du jour au lendemain. Je voulais trouver une chaussure ou quelque chose qui s'en rapproche le plus. Je me suis tournée vers les FiveFingers de Vibram car ce sont celles qui m'ont paru le plus correspondre à mon désir ; - une semelle ultra souple et très fine qui n'a pour but que de protéger la peau du pied, - un système qui permette à chaque orteil d'être indépendant, donc utilisable pour "gripper" le sol et donner une poussée supplémentaire, - une chaussure ultra légère qui se fait quasiment oublier.


five fingersSA : Les premières fois on court combien de temps ? Et ensuite, comment s’articulent les entraînements ?

VJ : Je dirai que ça dépend de son niveau et de sa musculature générale. Pour ma première sortie j'ai choisi un petit parcours autour de chez moi de 6kil avec 200 mètres de dénivelé. J'ai eu des douleurs, aux mollets et sur les pieds, juste "horribles"... en fait ce sont des muscles complètement différents qui sont employés. Musculairement parlant votre 1ère sortie pieds-nus sera aussi traumatisante que votre 1ère sortie de course à pied d'antan. Donc on augmente progressivement et une fois la musculature acquise et la plante des pieds habituée, on peut tenir un entraînement similaire à de la course traditionnelle. Il y aura peut-être une différence sur le choix des surfaces selon les sensibilités des pieds et les sensations de course. Il est préférable de courir de façon mixte les 1 ères semaines si l'on veut maintenir son niveau en attendant une migration complète.


SA : Que dirais-tu sur la qualité de la course ?

VJ : On ne sait pas trop comment se positionner lors du premier départ, on constate dès les premiers pas que l'on ne peut absolument pas courir du talon comme avec des baskets car il n'y a aucun amorti, on se met donc assez naturellement à courir sur l'avant et le plat du pied pour éviter le choc du sol. C'est la jambe toute entière qui amortit, en partant du pied, puis la cheville, les mollets et enfin les genoux. Comme il  n'y a pas le choc du sol c'est très très doux comme course, on court un peu sur des œufs.


valerie jermann 3SA : Les performances sont-elles les mêmes qu’avec des baskets ?

VJ : Je ne suis pas une coureuse de vitesse, je peux difficilement comparer mais j'ai trouvé les résultats assez similaires pour  moi, mise à part une aisance indéniable dans les terrains type terre ou gazon où l'emploi des orteils pour "gripper" le sol est un atout considérable et en montée ou leur poids ultra léger efface l'impression qu'on a, avec des baskets standards, de devoir tirer la chaussure. Ceux et celles qui sont habitués aux baskets restituant l'énergie de l'amorti pour la poussée seront peut-être aussi déçus de se voir priver de cette aide.


SA : Quelles sont les sensations ?

VJ : La position naturelle adoptée pour courir pieds-nus donne une course beaucoup plus douce, une sensation de légèreté assez surprenante. On court comme n'importe quel être humain courrait s'il n'avait jamais été chaussé en fait... il suffit de voir les enfants courir pour s'imaginer ce que cela représente. Ils ont eu aussi une course naturelle avant qu'elle ne soit conditionnée par les chaussures sur les années. La liberté du pied et des orteils est une pure merveille, sentir ses pieds et cheville s'adapter au terrain là ou une chaussure vous tire les larmes des yeux quand vous vous tordez la cheville sur racines ou cailloux, c'est sans comparaison.


SA : As-tu déjà vu des regards surpris en découvrant tes chaussures pieds-nus ?

VJ : Bien sûr ! il y a les moqueurs qui rigolent en vous montrant du doigt, les dubitatifs qui observent et analysent en silence et les curieux qui viennent poser mille questions! J'ai constaté au fil des mois que les femmes sont beaucoup plus curieuses, elles sont intriguées, trouvent ça génial tandis que les hommes semblent plus réticents et moqueurs. Sans doute ces chaussures ne sont-elles pas assez viriles pour apaiser leur ego de mâle sportif confirmé. Mais une chose est sûre, cela ne laisse personne indifférent et porter des chaussures pieds-nus vous amènera toute sorte de réactions.


valerie jermann 4SA : Ton rêve en tant que coureuse pieds-nus ?

VJ : Une course réserv ée aux coureurs pieds-nus. Ou une catégorie dans une course standard. Ce serait reconnaître que c'est un type de course différent et surtout qui n'est pas si marginal que cela. Même si la plupart des coureurs pieds-nus ne sont pas dans une optique de performance mais dans une optique de bien-être et de respect de leur corps.


SA : Le mot de la fin est pour toi…

VJ : Trop de coureurs confirmés sont condamnés à abandonner la course à pied, après x années, en raison de douleurs insupportables aux genoux, hanches ou dos... Ecoutez votre corps et ménagez-le pour qu'il puisse vous accompagner le plus longtemps possible !


http://www.vibramfivefingers.com/

Publié le 18 avril 2010

 

 

 


Commentaires
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vincent  - barefoot running   |Registered |2010-04-18 11:40:47
Bravo Val !
Très bien expliqué ! Je pense que tu vas donner envie à plus
d'un(e)...
Go Val ! Go Barefoot !
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