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Interview Cécile Bertin


cecile bertinTransahariana 2010 : si l’essentiel est de participer, elle a plus que réussi son coup Bertin ! Cécile Bertin a donc participé à cet ultra en Algérie, mais qui est cette femme de défi ?

Cécile « Barbie » Bertin est la fondatrice du site « Courir au féminin ». Elle est l’auteure du 1er guide pratique de la course à pied pour les débutantes… et les autres, « Courir au féminin » (Editions Leduc). Cécile est consultante en communication (sport, santé, internet). Elle est aussi la 1ère française à voir intégré le Seven Continents Club : 7 marathons, sur 7 continents, en 80 jours.


 

Stéphane Abry : Quel regard portes-tu sur ton parcours de coureuse ?

Cécile Bertin : Je débute dans le métier ! J’ai clairement encore beaucoup de choses à apprendre pour acquérir le niveau qui me permettra de bien finir les courses qui me font rêver. Et la liste est longue ! Mais je sais que beaucoup, et ils ont surement raison, considèrent que je vais trop vite, trop loin et que je vais le payer un jour !!!


SA : Adolescente on t’aurait dit que tu courrais des courses de « fous », qu’aurais-tu répondu ?

CB : Mais je ne savais même pas que cela existait ! Pour donner une idée de mon inculture à ce niveau, je croyais encore il y a 4 ans que le marathon des Sables faisait 42 km et je trouvais déjà complètement dingue. Je me souviens très bien d’avoir lu un article dans Paris Match sur Serge Girard et d’avoir dit à mon mari : « non mais tu te rends compte, on peut courir 70 km par jour !!! ». N’empêche je donnerais beaucoup pour retrouver mon prof de sport qui a cru que j’allais mourir sur le cross de l’école !


SA : Cécile tu viens de courir la Transahariana, quelles images en gardes-tu ?

CB : Il y a plusieurs images qui me reviennent à l’esprit que je pense à cette course :

  • Le départ déjà parce qu’on sentait la pression, que les coureurs étaient pressés d’y aller, d’ailleurs ils m’ont laissé sur place !
  • Ma première nuit seule où j’ai fini par m’asseoir sur le côté allongée sur mon sac à me demander ce que je faisais là.
  • Le CP4 où j’ai compris que j’allais payer chèrement mes erreurs d’équipement et que le 260 n’était qu’un lointain souvenir même si je sais aujourd’hui que j’aurais pu, du y aller (ça m’aurait évité de me sentir frustrée et d’avoir envie d’y retourner pour la finir cette fois ci !).
  • Le CP11, moment de quiétude absolue en pleine nuit parce que c’était ma dernière nuit en course et que rien que cette pensée m’emballait !
  • La traversée d’un village au lever du soleil avec cette vision totalement surréaliste des habitants qui émergeaient de leur sommeil et nous qui passions là avec nos sacs à dos.
  • Mes sanglots inexplicables sur le bord d’une piste à pourtant 15km de l’arrivée et les mots de Thomas avec qui je courrais qui ont su me faire repartir.
  • L’arrivée de Cyrus, jamais je n’oublierai son arrivée ! J’ai pleuré, encore !!!

SA : Quel a été le moment le plus magique et pourquoi ?

CB : C’est assez paradoxal à dire comme ça mais l’arrivée n’est pas pour moi le moment le plus magique de cette course et dieu sait pourtant que j’en rêvais ! Le moment le plus magique c’était une chanson dans un lecteur MP3 qui n’était pas le mien qui exprimait tellement ce que je ressentais à ce moment là que je me suis remise à pleurer ! Une vraie fontaine j’ai été sur cette course. Mais franchement quand la bande son est à la hauteur de ce que vous vivez, c’est vraiment un moment magique.


SA : En quoi est-elle difficile ?
CB :
Je crois que déjà le fait qu’elle soit une non stop est difficile. Je me suis lancée dans ce projet suite à la Trans’aq (ndlr : Ultra trail par étapes) courue l’année dernière. Tout le monde me disait que j’allais me planter en beauté alors que j’ai fini avec une seule ampoule. Ok je ne l’ai pas gagné mais j’étais debout et je courais un marathon 8 jours après. Je pensais que le non stop était plus en adéquation avec mon désir d’indépendance : tu cours quand tu en as envie, tu gères ton temps et ton rythme. En fait ce qui est très difficile c’est justement que le chrono démarre et ne s’arrête que lorsque tu passes la ligne d’arrivée. Sur tous les points d’arrêt tu entends le tic tac dans ta tête et tu as l’impression que tu perds ton temps. Alors que c’est faux ! J’ai fait une grosse bêtise avec une ampoule : je l’ai senti se former mais je ne me suis pas arrêté à temps. J’ai attendu qu’elle éclate et résultat j’ai du courir avec un pied sacrément douloureux. Si j’avais pris 5 min pour la soigner proprement pendant la course, cela aurait été clairement différent ensuite. Plus jamais je ne ferais ça !


Autre difficulté bien sur c’est la fatigue… Se lancer dans les pistes très mais alors très caillouteuses la nuit après plus de 24h de course, franchement il faut avoir envie ! J’étais tellement tendue à l’idée de tomber que moi qui suis pourtant une bonne « descendeuse », j’ai cru ne jamais en venir à bout.


Il faut bien sur gérer la chaleur, ce qui n’était pas rien croyez moi !

Et Cyril (ndlr : Cyril Fondeville, organisateur), avoue le dénivelé… Ce n’est pas celui annoncé…


cecile bertin transahariana 2010SA : Avec le recul quelle serait ta préparation ?

CB : Le souci que j’ai eu à gérer c’est déjà que j’étais blessée depuis un 24h fait en prépa en décembre. J’ai été sacrément handicapée par un genou douloureux et cela n’a rien facilité. Si je devais la repréparer (ce qui arrivera surement histoire de prendre ma revanche sur le 260) j’en ferais l’objectif de l’année avec une vraie prépa sérieuse, cailloux et dénivelé. Je vais aussi travailler sérieusement la marche rapide avec bâtons. Il est évident que cela fait la différence  quand on a besoin de souffler un peu. Et bien sur je vais enfin m’équiper sérieusement pour ne plus faire les mêmes erreurs à savoir textile pour le désert et lampe frontale de compétition ! Question alimentation je crois que maintenant je commence à me connaître suffisamment.


SA : Quel sera ton prochain défi ?

CB : La Costa Xtrem fin avril. Normalement je devais être sur le long mais mon programme a été chamboulé par la Transahariana. Je n’aurais jamais retrouvé ma vitesse pour tenir le choc. Je vais donc surement me rabattre sur le 100 km sur 3 jours. Ce sera déjà pas mal ! Et normalement il y aura l’UTMB fin août.


SA : Quel message aimerais-tu passer via Esprit Course à Cyril Fondeville le GO et son équipe ?

CB : Cyril réalise les rêves les plus fous des coureurs et son équipe nous bichonne pour que tout se passe bien. Il ne faut jamais oublier que tous les bénévoles sont sur le terrain autant que nous, ils ne dorment pas plus que nous et sont toujours là pour nous avec le sourire. Vous ne pouvez pas savoir ce que cela fait du bien d’avoir quelqu’un qui vous fait chauffer de l’eau à 3h du mat pour qu’on puisse avoir son thé ! Ce qui est génial sur les courses de Cyril c’est qu’elles restent à taille humaine et pour vivre ce genre d’expérience c’est tout simplement merveilleux. Nous ne sommes pas un simple dossard mais un être humain, un coureur à part entière.


Compte rendu Transahariana par Cécile Bertin

Vidéo Transahariana

Raid Sahara Organisation

www.courir-au-feminin.com

Cecile autour du monde

Transahariana 2010 - Le film

Publié le 01.04.2010

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